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Le Blog du Lions Club de Montaigu

Le Fond de l'air effraie.... ou les peurs du 21ème siècle !

14 Décembre 2014 , Rédigé par M.C. Publié dans #Lu pour vous

SCIENCES

Atmosphère
Chaque nouveau pic de pollution fournit l'occasion d'une alerte médiatique au ton volontiers catastrophiste. Un "marketing de la peur" qui masque l'amélioration constante de la qualité de l'air.
Des formules qui frappent : «Les rues de Paris, le 13 décembre 2013, Éraient aussi polluées qu'une pièce de bine mètres carrés occupée par huit fumeurs », «À Paris, respirer nuit grave¬ment à la santé », « Le ciel de la capitale comportait six millions de particules fines par litre d'air — soit trente fois plus que la normale », pouvait-on lire dans plusieurs journaux. Six millions de particules ultra-fines toxiques : de quoi convaincre tout lecteur sensé de rester chez soi.
Pourtant, un litre d'air contient, que ce soit sous forme de diazote ou de dioxy¬gène, 27 000 milliards de milliards de particules, ce qui, sans la rendre négli-geable, ramène ladite toxicité à un pourcentage infiniment faible... et beaucoup moins effrayant.
« C'est un peu le problème des chiffres, relève Jean de Kervasdoué, ingénieur, professeur émérite au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam) et auteur de l'ouvrage Ils ont perdu la raison (lire Valeurs actuelles du 6 février). L'image du tabagisme passif est d'ailleurs assez symptomatique. À ce sujet, on met toujours en avant le chiffre suivant: le conjoint d'un épowcfumeur a 30 % de risque en plus de développer un cancer que le conjoint d'un non-fumeur. On se dit: "30 %, c'est énorme". Mais en réalité, on ne passe que de 6 pour 100 000 à 8 pour 100 000. Or, c'est ce chiffre-là qui compte... » De même, il est plus frappant de lire que la pollution atmosphérique serait la cause de 1 400 morts supplé¬mentaires à Paris que d'apprendre que seul 0,000 7 % de la population pari¬sienne est potentiellement concerné. Il s'agit pourtant de la même chose... «Les grandes études aboutissent toutes aux mêmes constats.
En France, on parle de 42 000 décès prématurés », lisait-on encore dans un autre grand quotidien. En réalité, ces études et ces chiffres sont toujours les mêmes et, qu'il s'agisse de l'Agence européenne de l'environnement ou de l'Organisation mondiale de la santé, ne reposent pas sur des protocoles suffisamment solides (lire Valeurs actuelles du 20 mars).
«Les traductions chiffrées sont hasardeuses, poursuit Jean de Kervasdoué. Les études ont été menées dans des circonstances qui n'ont rien à voir avec celles qui sont les nôtres. » Le problème est moins au cœur des villes que sous leur panache, c'est-à-dire souvent à l'extérieur. De son côté, Pierre Kohler, dans son ouvrage l'Imposture verte, écrit : « Lefait qu'on soit passé de la loupe de Sherlock Holmes au microscope électro¬nique donne l'impression que les risques sont aujourd'hui plus élevés qu'ils ne l'étaient par le passé. »
De fait, l'amélioration des capacités de détection, le durcissement des normes et l'abaissement des seuils d'alerte augmentent la sensibilité à ce sujet. Le seuil d'alerte aux oxydes d'azote correspond ainsi à l'atmosphère qui règne dans une cuisine où, depuis vingt minutes, trois brûleurs à gaz fonctionnent...
Si, après la publication, le 24 novembre, de cette nouvelle étude sur les particules ultrafines, la mairie de Paris a réagi, les idées avancées sont souvent les mêmes : circulation alternée, diminution de la vitesse (donc des embouteillages, même si les zones de travaux en créent davantage), restriction d'accès pour les véhicules les plus pol¬luants, création d'un périmètre pré¬servé, etc. Malheureusement, ces mesures méconnaissent la réalité des phénomènes liés à la pollution atmosphérique.
Ainsi, l'important est moins le pic que la pollution de fond, moins ce qui est émis directement que ce que deviennent les gaz après leur sortie, les composés secondaires ayant souvent plus d'influence que les émissions primaires ; le problème est moins au coeur des villes que sous leur panache — c'est-à-dire souvent à l'extérieur, selon les vents dominants (la concentration en ozone est par exemple plus forte au coeur de la forêt de Rambouillet qu'au-dessus de Paris).
Enfin, les effets n'étant pas proportionnels, pour qu'une restriction de la circulation soit efficace, il faudrait non pas une circu¬lation alternée, mais une réduction de 80 %, chose difficile à concevoir. « Honnêtement, du point de vue dela santé publique, ily a bien d'autres priorités», soupire Jean de Kervasdoué.
Et de rappeler que, en ce qui concerne la pollution intérieure, et sans même parler du tabac, la nocivité des produits d'entretien, des poils d'animaux, des acariens, des moisissures ou des bactéries est trop sous-estimée.
« Rappelons aussi que, pour les voies respiratoires, l'événement le plus dangereux reste le printemps, à cause des allergies qu'il occasionne, ajoute, un brin provocateur, le créateur de l'École Pasteur-Cnam de santé publique. Que la pollution existe est une évidence, mais elle baisse de manière régulière depuis des décennies. Nous ne sommes pas en Chine, ni à Londres dans les années 1950. Toutes ces images participent d'un "marketing de la peur", qui met en avant des raisonnements simplistes et entend faire croire que l'on peut vivre à Paris sans pollution.» MickelFonton

Valeurs Actuelles du 4/12/2014

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