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Le Blog du Lions Club de Montaigu

A lire "La peur exponentielle" de Benoit Rittaud

19 Octobre 2015 , Rédigé par M.C. Publié dans #Lu pour vous

A lire "La peur exponentielle" de Benoit Rittaud

La Peur Exponentielle » de Benoit Rittaud aux Presses Universitaires de France (PUF)

Texte de la 4ème de couverture :

C'est une nouvelle venue à ajouter à la liste de nos peurs collectives, et son objet est des plus inattendus : un concept mathématique abstrait. Déclinable à l'infini, la peur de l'exponnentielle est une réalité contemporaine autant scientifiquement construite que parfaitement irrationnelle. Elle constitue la matrice originelle des discours alarmistes fondés sur la crainte d'un crash collectif sur les limites du monde : épuisement des ressources naturelles, démographie mondiale, réchauffement climatique...

Cette peur, qui n'avait jamais été identifiée pour elle-même, trouve ses origines dans l'histoire du concept d'exponentielle et ses multiples récupérations mythiques ou idéologiques à travers les âges. Aujourd'hui comme hier, la même légende orientale est invoquée, celle d'un grain de blé qui se multiplie sur les cases de l'échiquier pour finir par remplir le monde entier.

La différence est que, comprise autrefois comme pro¬messe d'abondance, l'exponentielle est désormais l'étendard mathématique de notre peur de l'avenir. Benoît Rittaud est mathématicien et essayiste, maître de conférences hors classe à l'université Paris 13, habilité à diriger des recherches. Ses travaux académiques concernent les systèmes dynamiques et la théorie des nombres.

Ses nombreux ouvrages et articles de mathématiques destinés au grand public lui ont valu plusieurs prix en France et en Italie. *Extrait de son livre au Chapitre 9 « Le temps du monde étroit » « Dans ce chapitre, nous revenons quelques années avant l'urbi et l'orbi de Hubbert et Carson, pour nous intéresser au cadre dans lequel s'inscrit la peur de l'exponnentielle : la peur du monde étroit.

Les adeptes de cette peur aiment à invoquer Paul Valéry qui écrivait en 1931 que « le temps du monde fini commence » Voici cette phrase dans son contexte :

  1. « L'ère des terrains vagues, des territoires libres, des lieux qui ne sont à personne, donc l'ère de libre expansion, est close. L. 1 Le temps du monde fini commence. [...] Une solidarité toute nou¬velle, excessive et instantanée, entre les régions et les événe¬ments est la conséquence déjà très sensible de ce grand fait. [...]
  2. La reconnaissance totale du champ de la vie humaine étant accomplie, il arrive qu'à cette période de prospection succède une période de relation. Les parties d'un monde fini et connu se relient nécessairement entre elles de plus en plus. [...] Toute action désormais fait retentir une quantité d'intérêts imprévus de toutes parts, elle engendre un train d'événements immédiats, un désor¬dre de résonances dans une enceinte fermée.
  3. Les effets des effets, qui étaient autrefois insensibles ou négligeables à la durée de la vie humaine, et à l’aire d’action d’un pouvoir humain, se font sentir presque instantanément à toute distance, reviennent aussitôt vers leurs causes ne s’amortissent que dans l’imprévu. » Comme on le voit, Valéry n'a rien d'un prophète de malheur. L'idée même d'étroitesse est absente de son propos. Celui-ci décrit certes comme problématique notre ignorance des mécanismes de la finitude, mais sans aucunement verser dans le catastrophisme. Surtout, la dialectique dans laquelle il s'inscrit est moins celle du fini et de l'infini que celle du lent et du rapide. Les mots de Valéry n'acquièrent toute leur force et leur cohérence qu'en comprenant « monde » dans son sens le plus strictement spatial. Ce n'est pas notre réalité tout entière qui devient finie et donc potentiellement étroite, mais seulement sa dimension géographique. Bien loin d'écrire un avis de décès de l'infini, Valéry donne à voir l'infini comme une rivière dont le cours habituel se trouverait modifié : ne pouvant plus s'écouler dans la vallée de la géographie, elle doit désormais se déployer dans l'immatérialité des réseaux et de leur fonctionnement structurellement rapide et désordonné.

L'on ne peut qu'être saisi devant le caractère visionnaire de ces mots écrits il y a près d'un siècle. Comment ne pas y lire un pressentiment de ce qui deviendra Internet et les réseaux sociaux ? Comment ne pas non plus faire le lien avec le fameux « effet papillon » de la théorie du chaos, née dans les années 1960 et qui a modifié en profondeur des pans entiers de la science ?

Livre passionnant, même pour quelqu’un qui comme moi ne comprend pas grand-chose aux mathématiques ! Un livre optimiste, qui croit en l’avenir parce qu’il croit …..en l’Homme et parce qu’il raisonne en scientifique rationnel et non en semeur de peur !
Ce qui ne veut pas dire que les hommes ne doivent pas être attentif à l’évolution de leur planète. M.C.

Le Choix des articles de "Lu pour vous" est de ma responsabilité, il n'engage que moi et non l'ensemble de notre Club. M.C.

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