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Le Blog du Lions Club de Montaigu

Avenir du salariat un enjeu pour la présidentielle à venir

10 Juin 2016 , Rédigé par Laurent Bigorgne Publié dans #Lu pour vous

Tribune de Laurent Bigorgne, directeur de l’Institut Montaigne, parue dans
 Le Figaro le 8 juin 2016.
 
Beaucoup a été dit sur la fin du salariat… S'agissant des évolutions du marché du travail, le psychodrame dans lequel nous versons depuis quelques semaines montre que de nombreux dirigeants politiques et syndicaux de notre pays préfèrent le déni de réalité plutôt que d'affronter lucidement et courageusement les bouleversements qui transforment notre économie.
En effet, en permettant un rapprochement inédit de l'offre et de la demande, ainsi que le découpage en microtâches de nombreuses activités, le numérique vient bouleverser l'organisation économique traditionnelle de nos sociétés. Pilier de celle-ci depuis le XIXe siècle, le salariat n'est pas épargné. Allons-nous cependant parvenir à échapper au débat caricatural sur cette malédiction supplémentaire du capitalisme?
 
Dans son ouvrage récent, Économie du bien commun, Jean Tirole, Prix Nobel, consacre un chapitre aux défis sociétaux de l'économie numérique. Il y est avancé que le salariat ne disparaîtra pas, mais que parallèlement à lui se développera le travail indépendant. Pour de nombreux actifs salariés, la voie de l'autoentrepreneuriat est vécue comme un indispensable complément de revenu, la préparation d'une transition professionnelle ou tout simplement un espace de liberté.
 
Pour certains, notamment les moins qualifiés, particulièrement les jeunes, qui sont les plus touchés par le chômage et par certaines discriminations, c'est d'abord et avant tout le moyen de gagner sa vie, car personne n'avait accepté jusque-là de leur donner leur chance. Il leur est devenu beaucoup plus facile de trouver "des clients plutôt qu'un employeur".
Rappelons que si le chômage touche 9 % de la population active en moyenne depuis trente ans, c'est parce que l'État et les partenaires sociaux n'ont pas su accomplir les réformes nécessaires du marché du travail. Si des formules alternatives au salariat existent pour échapper à cette fatalité, il est d'autant plus important de les expérimenter que l'autoentrepreneuriat peut devenir un sas d'insertion sur le marché du travail.
 
Nous devrions nous réjouir de ce que depuis le début des années 2000 le rythme des créations d'entreprises a doublé en France.
Ce phénomène concerne particulièrement les entreprises sans employé. Au double motif que ce mouvement créerait de la précarité et profite à des plateformes numériques, certains voudraient à tout prix le freiner, voire l'empêcher. Il faut pourtant écouter ceux qui en bénéficient et qui l'alimentent.
Un sondage réalisé en 2013 pour l'Institut Montaigne montrait que quatre étudiants d'une grande école sur dix pourraient se laisser séduire par la création d'entreprise une fois leur diplôme obtenu. Plus récemment, un autre sondage montrait que 37 % des Français manifestent l'envie de créer une entreprise ou de se mettre à leur compte. Ce taux monte à 55 % chez les jeunes et à 49 % chez les ouvriers.
 
Au même moment, une enquête du ministère du Travail révélait que 3 % des moins de 30 ans étaient syndiqués (Dares, mai 2016)… Ceux qui souhaiteraient empêcher ces évolutions et le principe de la négociation d'entreprise sont les mêmes.
Malthusiens dans le champ économique, ils souhaiteraient pouvoir figer une bonne fois pour toutes le champ social… sans se soucier des chômeurs et des jeunes les moins qualifiés qui créent ainsi leur activité, des étudiants qui veulent devenir autoentrepreneurs pour financer leurs études, des fonctionnaires à qui on veut interdire l'accès au statut d'autoentrepreneur, des retraités qui ont besoin d'un complément de revenus !
 
D'abord, le rôle de l'État ne peut se limiter à céder à certaines organisations syndicales qui refusent ces évolutions. Ni se condamner à mal arbitrer le conflit entre professions réglementées et à statut, d'une part, et nouveaux entrants, d'autre part.
Seule une réforme ambitieuse et soutenable de nos systèmes sociaux permettra qu'émergent la formation professionnelle et la protection sociale adaptées à ces évolutions. Elles ne pourront pas prendre appui sur la situation actuelle.
Ensuite, la France doit peser sur la scène européenne afin qu'émerge une doctrine fiscale et sociale commune vis-à-vis des plateformes numériques qui voudraient s'affranchir de nos règles en la matière. Ceux qui nous réclament moins d'Europe en permanence devraient prendre la mesure de leur responsabilité dans l'affaissement économique à venir de notre pays.
 
Enfin, l'État doit faciliter ces évolutions, sans quoi la France risque de ne pas retirer grand-chose des opportunités offertes par la révolution numérique. Ne nous y trompons pas, c'est un des débats majeurs de l'élection présidentielle à venir.
La puissance publique doit s'attacher à rendre le cumul emploi-autoentrepreneuriat attractif et simple, car ce dernier est beaucoup plus efficace et surtout moins onéreux que les emplois aidés. Interdire cette voie aux fonctionnaires est un contresens terrible, parce que c'est une piste intéressante pour certains territoires - ruraux notamment - et plus globalement pour l'évolution de l'action publique.

Avec l’aimable autorisation du Figaro

 
Le Choix des articles de "Lu pour vous" est de ma responsabilité, il n'engage que moi et non l'ensemble de notre Club.  M.C.

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